
L’hyponatrémie en trail et ultra-trail correspond à une concentration de sodium trop faible dans le sang pendant l’effort ou dans les 24 heures qui suivent. Elle survient le plus souvent lorsqu’un coureur boit davantage que ce qu’il élimine. Nausées, maux de tête, fatigue ou gonflement peuvent apparaître. Une confusion, une somnolence inhabituelle, des convulsions ou une perte de connaissance imposent l’arrêt immédiat et l’appel au poste médical.
Le principal piège est de prendre ces symptômes pour une déshydratation et de faire boire encore davantage. Sur le sentier, ni les crampes, ni la couleur des urines, ni un symptôme isolé ne permettent de trancher. Face à un malaise inhabituel, il faut arrêter l’effort, demander une évaluation médicale et éviter de corriger soi-même l’eau ou le sel.
À retenir : trop boire est généralement plus déterminant que « manquer de sel » ; les symptômes peuvent ressembler à ceux d’une déshydratation ; une boisson avec électrolytes ne protège pas d’un excès de liquide ; tout trouble de la conscience doit être traité comme une urgence. La prévention repose sur une stratégie souple, testée à l’entraînement et adaptée à la soif, à la météo et aux ravitaillements.
Qu’est-ce que l’hyponatrémie en trail et ultra-trail ?
La natrémie désigne la concentration de sodium dans le sang. On parle d’hyponatrémie associée à l’exercice lorsque cette concentration descend sous 135 mmol/L pendant l’activité ou dans les 24 heures qui suivent. Cette valeur confirme une anomalie biologique, mais elle ne suffit pas à décrire les symptômes ni leur gravité.
Le sodium intervient dans la répartition de l’eau dans l’organisme et dans le fonctionnement neuromusculaire. Pourtant, résumer l’hyponatrémie à un simple « manque de sel » est trompeur. Le problème vient souvent d’une quantité d’eau devenue trop importante par rapport au sodium disponible, même si le coureur a également perdu du sodium dans sa sueur.
Le support médical du diplôme universitaire de trail running de Grenoble décrit cet excès relatif d’eau comme le mécanisme dominant. Certaines hyponatrémies restent sans symptôme évident ; d’autres provoquent des signes digestifs ou neurologiques et peuvent devenir graves. Tout malaise n’est donc pas une hyponatrémie, mais toute baisse de lucidité doit faire interrompre la course.
La vigilance ne s’arrête pas sous l’arche d’arrivée. Un finisher peut continuer à boire alors qu’il est nauséeux, gonflé ou n’a plus soif, tandis que son organisme élimine encore difficilement l’eau. Des symptômes peuvent alors apparaître ou s’aggraver dans les heures suivantes. Dans ce contexte, il ne faut pas forcer la « récupération hydrique », mais demander un avis médical.
Pourquoi trop boire peut-il diluer le sodium pendant l’effort ?
Pendant un ultra, vous perdez de l’eau et du sodium par la transpiration, ainsi que de l’eau par la respiration et les urines. Si vous buvez durablement plus que l’ensemble de ces pertes, l’eau présente dans l’organisme augmente relativement au sodium. Sa concentration sanguine peut alors baisser par dilution. Cela peut arriver avec de l’eau pure, mais aussi avec une boisson d’effort consommée en trop grande quantité.
Les reins éliminent normalement une partie de l’eau en excès. Or l’effort prolongé, la douleur, les nausées, le stress physiologique ou la chaleur peuvent maintenir la sécrétion de vasopressine, aussi appelée hormone antidiurétique. L’organisme évacue alors moins facilement l’eau. Le risque augmente lorsque le coureur continue à boire mécaniquement pendant que cette eau est davantage retenue.
Deux idées reçues doivent donc être écartées. Une sueur très salée ne justifie pas de multiplier les comprimés sans stratégie précise. Et l’ajout d’électrolytes ne permet pas de boire sans limite. Le premier levier de prévention reste d’éviter une consommation de liquide durablement supérieure aux pertes.
Un plan hydrique doit servir de repère, pas de consigne automatique. Imaginez que vous arriviez à un ravitaillement avec une flasque encore presque pleine : la vider parce que votre tableau prévoit 500 ml par heure n’a pas de sens si vous n’avez pas soif et que les conditions ont changé. L’allure, la météo, la durée jusqu’au prochain point d’eau et la tolérance digestive doivent permettre d’ajuster le plan.

Quels facteurs augmentent le risque sur une course longue ?
Plus l’épreuve dure, plus une petite erreur répétée à chaque ravitaillement peut finir par peser. Une allure lente prolonge aussi le temps passé sur le parcours et multiplie les occasions de boire. Cela ne signifie pas qu’un coureur lent développera une hyponatrémie, mais qu’un quota rigide appliqué pendant dix, quinze ou vingt heures mérite une vigilance particulière.
Les conditions de course modifient fortement les besoins. Par temps chaud, les pertes hydriques peuvent augmenter ; par temps frais, appliquer le plan prévu pour une journée caniculaire peut conduire à trop boire. Des ravitaillements rapprochés, de grandes flasques ou la peur de manquer encouragent parfois une consommation « préventive » déconnectée de la soif. L’expérience, l’acclimatation, la morphologie et la réponse rénale varient également d’un coureur à l’autre.
Une prise de poids ou l’absence de perte de poids pendant une longue épreuve peut être compatible avec une rétention d’eau, surtout si elle s’accompagne de gonflement ou de symptômes. Ce n’est toutefois pas un diagnostic : vêtements mouillés, nourriture, contenu du sac et précision de la balance peuvent fausser la mesure. Le poids constitue un indice de contexte, jamais une raison de traiter seul.
Certains médicaments peuvent modifier l’équilibre hydrique ou la fonction rénale. Les anti-inflammatoires non stéroïdiens, ou AINS, figurent notamment parmi les facteurs associés en ultra-endurance et exposent aussi à d’autres risques rénaux pendant l’effort. N’arrêtez jamais un traitement prescrit de votre propre initiative : faites le point avec votre médecin ou votre pharmacien avant la course.
Quels sont les symptômes de l’hyponatrémie en ultra-trail ?
Les premiers symptômes possibles sont des nausées, des vomissements, un mal de tête, une fatigue inhabituelle, une faiblesse, des vertiges, une sensation de gonflement ou une baisse de lucidité. Ils restent peu spécifiques et peuvent aussi accompagner une déshydratation, une hypoglycémie, un trouble digestif, un épuisement ou une atteinte liée à la chaleur. C’est surtout leur apparition inhabituelle, leur association et leur aggravation qui doivent alerter.
Des mains ou un visage gonflés, des bagues devenues serrées, une prise de poids mesurée ou une aversion soudaine pour la boisson peuvent renforcer le soupçon lorsque les apports ont été abondants. Leur absence n’exclut toutefois rien. Les crampes et la couleur des urines ne permettent pas de confirmer une hyponatrémie ni de décider s’il faut boire davantage.
Confusion, désorientation, comportement incohérent, somnolence marquée, perte de réactivité, convulsions, perte de connaissance ou aggravation rapide sont des signaux d’urgence. Le Manuel MSD sur l’hyponatrémie rappelle que les formes graves sont principalement neurologiques et que le diagnostic nécessite une mesure du sodium sanguin.
Un bénévole, un accompagnant ou un autre coureur ne doit pas attendre que tous les signes soient présents. Si la personne ne répond plus normalement, ne tient pas debout, convulse ou perd connaissance, alertez immédiatement le poste médical ou les secours selon le protocole de l’organisation. Restez auprès d’elle, sécurisez la zone et ne la laissez pas repartir.
Hyponatrémie, déshydratation ou coup de chaleur : peut-on les distinguer ?
Sur le sentier, il est souvent impossible de distinguer avec certitude une hyponatrémie d’une déshydratation, d’un coup de chaleur ou d’un problème énergétique. Nausées, faiblesse, maux de tête, vertiges et baisse de performance se recouvrent, et plusieurs troubles peuvent coexister. Le tableau suivant aide à adopter une conduite prudente ; il ne remplace ni l’examen médical ni les mesures nécessaires au diagnostic.
| Situation possible | Signes possibles | Limite d’interprétation | Action prudente |
|---|---|---|---|
| Hyponatrémie associée à l’effort | Apports abondants, gonflement, nausées, céphalée, confusion | Seule la natrémie confirme ; le poids et les symptômes ne suffisent pas | Stopper, alerter le poste médical, ne pas forcer à boire ni donner du sel |
| Déshydratation | Soif, bouche sèche, baisse des urines, fatigue, perte de poids possible | Nausées, faiblesse et vertiges recouvrent d’autres troubles | Interrompre l’effort si malaise et demander une évaluation avant de corriger au hasard |
| Atteinte liée à la chaleur | Contexte chaud, dégradation rapide, faiblesse, nausées, trouble neurologique | La sensation de chaleur et le toucher ne mesurent pas la température centrale | Mettre à l’abri, commencer le refroidissement prévu et appeler immédiatement le médical si confusion |
| Trouble digestif ou énergétique | Vomissements, refus alimentaire, baisse d’allure, fatigue | Peut coexister avec un trouble hydrique, thermique ou neurologique | Stopper si l’état se dégrade et faire trancher le dispositif médical |
Le réflexe commun devant un trouble neurologique est simple : arrêter, alerter et ne pas laisser repartir. Pour des signes moins sévères, notez les boissons consommées, l’évolution des symptômes, la météo, les médicaments, les vomissements et le poids s’il a été mesuré dans des conditions comparables. Ces informations aideront le professionnel de santé, sans remplacer la mesure de la natrémie.
La chaleur complique encore l’interprétation. Un coureur peut avoir beaucoup transpiré tout en ayant bu au-delà de ses pertes ; un autre peut être réellement déshydraté ou développer un coup de chaleur. Pour préparer séparément l’allure, l’acclimatation et les mesures de refroidissement, consultez les conseils pour adapter sa course à la chaleur.
Que faire si une hyponatrémie est suspectée en course ?
Arrêtez l’effort et alertez le poste médical :
Transmettez une chronologie simple : heure d’apparition, évolution, boissons et aliments consommés, vomissements, médicaments, éventuelle variation de poids et comportement habituel du coureur. Si la conscience est altérée et que le poste médical n’est pas immédiatement accessible, appliquez sans attendre la procédure de secours de l’organisation.
Ne forcez ni eau, ni sel, ni électrolytes :
Ne faites pas boire une personne nauséeuse, confuse ou somnolente et ne lui donnez pas de pastille de sel ou de préparation improvisée pour « remonter le sodium ». Une déglutition altérée augmente aussi le risque de fausse route. Le traitement dépend de la gravité et doit être réalisé par des professionnels capables de contrôler la natrémie.
Protégez la personne et ne la laissez pas repartir :
En cas de convulsions ou de perte de connaissance, évitez les chocs, ne mettez rien dans sa bouche et suivez les instructions des secours. Une amélioration passagère ne valide pas une reprise : un coureur confus ne doit ni rester seul ni décider lui-même de retourner sur le parcours.
Préparez l’urgence avant le départ :
Enregistrez le numéro et la procédure médicale de l’épreuve, puis partagez-les avec votre assistance. Selon le pays et le terrain, l’organisation peut imposer un chemin précis vers les secours. Ses consignes priment toujours sur les conseils généraux de cet article.

Comment prévenir l’hyponatrémie avant et pendant la course ?
Avant l’épreuve, repérez les distances entre ravitaillements, les points d’eau, les portions sans assistance et la météo probable. Préparez une fourchette d’apports plutôt qu’un quota intangible. Testez cette stratégie lors de sorties longues comparables en notant votre soif, les volumes réellement consommés, la température, les symptômes digestifs et, si la mesure est fiable, l’évolution de votre poids.
L’objectif n’est ni de boire le maximum tolérable, ni de reproduire exactement une variation de poids théorique. Il est d’éviter un déficit excessif sans consommer durablement plus que vos pertes. Pour la plupart des coureurs en bonne santé, la soif constitue un guide pratique central contre la surconsommation. Une situation médicale particulière, une chaleur extrême, l’altitude ou un accès irrégulier à l’eau peuvent néanmoins nécessiter une stratégie individualisée.
En course, posez-vous régulièrement des questions simples : ai-je soif ? combien reste-t-il dans mes flasques ? ai-je bu à chaque ravitaillement par automatisme ? mes mains gonflent-elles ? les conditions ont-elles changé ? Ne videz pas une flasque juste avant un point d’eau uniquement pour respecter un chiffre prévu à l’avance. Pour organiser le portage et les ravitaillements, vous pouvez préparer votre hydratation en trail.
Préparez également l’alimentation. Des nausées, des vomissements ou un déficit énergétique peuvent altérer le jugement et modifier votre manière de boire. Les guides pour construire son alimentation pour un trail de 100 km et éviter les erreurs nutritionnelles en ultra-trail complètent cette démarche. À l’entraînement, changez un paramètre à la fois pour identifier ce que vous tolérez réellement.
Demandez un avis médical personnalisé si vous avez déjà présenté une hyponatrémie, si vous souffrez d’une maladie rénale ou cardiaque, ou si vous prenez un diurétique ou un médicament susceptible d’affecter l’eau et le sodium. Une stratégie générique d’ultra ne doit jamais remplacer cet avis.
Sodium et électrolytes : protègent-ils vraiment de l’hyponatrémie ?
Une boisson d’effort apporte du sodium avec de l’eau et, souvent, des glucides. Elle peut contribuer au confort digestif, à l’apport énergétique et au remplacement d’une partie des pertes. Elle ne rend toutefois pas la surconsommation de liquide sans danger : si vous buvez nettement plus que vous n’éliminez, le sodium sanguin peut encore être dilué. Électrolytes ne signifie donc pas protection automatique contre l’hyponatrémie.
Les pertes de sodium varient fortement selon les coureurs et les conditions. Des traces blanches sur les vêtements, des yeux qui piquent ou un goût très salé sur la peau suggèrent une sueur salée, mais ne fournissent aucun dosage. Les crampes ne prouvent pas non plus un manque de sodium. Il serait donc trompeur de recommander la même quantité par heure à tout le monde.
Les pastilles de sel peuvent augmenter l’apport en sodium, mais elles ne corrigent pas une consommation excessive d’eau. Elles peuvent aussi stimuler la soif ou irriter le système digestif. Elles ne doivent jamais servir de traitement improvisé chez une personne nauséeuse, confuse ou somnolente. Si vous souhaitez les intégrer à votre stratégie, testez-les à l’entraînement et demandez conseil à un professionnel compétent.
Le bon ordre de réflexion est le suivant : adaptez d’abord le volume de boisson à votre soif, aux conditions et aux ravitaillements, puis considérez le sodium comme un élément de la stratégie globale. L’eau pure comme la boisson d’effort peuvent devenir problématiques lorsque les apports dépassent durablement les pertes.
La règle essentielle est simple : ne cherchez jamais à compenser un excès de boisson par du sel ajouté au hasard. Préparez une stratégie adaptable et testée. Face à un malaise qui s’aggrave, arrêtez l’effort et demandez une évaluation. Face à une confusion, une somnolence anormale, des convulsions ou une perte de connaissance, alertez immédiatement le dispositif médical.
Sources principales : le consensus international sur l’hyponatrémie associée à l’exercice, les recommandations de la Wilderness Medical Society, une revue récente sur sa physiopathologie et sa prise en charge et le support médical du DU trail running de Grenoble.
Cet article fournit des repères de prévention et d’orientation ; il ne remplace ni un diagnostic, ni le protocole de l’organisation, ni l’avis d’un professionnel de santé.
Questions fréquentes sur l’hyponatrémie en ultra-trail.
Les réponses essentielles pour reconnaître les signes d’alerte, éviter les erreurs d’hydratation et savoir quand arrêter la course.
Peut-on faire une hyponatrémie en buvant une boisson avec électrolytes ? +
Oui. Une boisson avec électrolytes contient toujours de l’eau. Si le volume consommé dépasse durablement les pertes, elle peut encore diluer le sodium sanguin. Les électrolytes ne rendent donc pas un excès de boisson sans danger.
Les pastilles de sel préviennent-elles l’hyponatrémie en ultra-trail ? +
Pas à elles seules. Elles augmentent l’apport de sodium, mais ne neutralisent pas un excès d’eau. Elles ne doivent jamais être utilisées comme traitement improvisé chez une personne nauséeuse, confuse ou somnolente. Testez toute stratégie hors compétition.
Une prise de poids pendant la course est-elle un signe d’alerte ? +
Elle peut évoquer une rétention d’eau, surtout si elle accompagne des apports abondants, un gonflement ou des symptômes. Elle ne confirme cependant rien à elle seule : les vêtements, la nourriture, le matériel et les conditions de pesée influencent le résultat.
L’hyponatrémie peut-elle apparaître après l’arrivée ? +
Oui. Elle peut apparaître pendant l’effort ou dans les 24 heures qui suivent. Des nausées, un mal de tête inhabituel, un gonflement, une confusion ou une aggravation après l’arrivée justifient une évaluation médicale sans continuer à forcer les boissons.
Faut-il boire avant d’avoir soif pendant un ultra-trail ? +
Pas systématiquement. Boire mécaniquement avant la soif peut conduire certains coureurs à dépasser leurs pertes. Utilisez la soif comme repère central, puis adaptez votre stratégie aux conditions, aux ravitaillements et à votre situation médicale.
Quand faut-il arrêter la course et consulter le poste médical ? +
Arrêtez et demandez une évaluation devant un malaise inhabituel qui s’aggrave, des vomissements répétés, une baisse de lucidité ou un gonflement associé à des apports abondants. Confusion, somnolence marquée, convulsions ou perte de connaissance exigent une alerte immédiate et interdisent de repartir.
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